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5 questions à...
Eric Mezin, Délégué général de l’UIT Nord
et d’URIC-UNIMAILLE

1°) Pouvez-vous nous décrire le secteur du textile/habillement ?

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L’UIT Nord est le syndicat professionnel des entreprises textiles, en amont de la filière (filature, teinture, tissage, dentelle…) et URIC UNIMAILLE représente les entreprises en aval de la filière (tricotage, confection de vêtements en maille ou en chaîne et trame). L’UIT Nord couvre le Nord-Pas-de-Calais et l’URIC UNIMAILLE, le Nord de la Loire (Grand Ouest, IDF, Nord-Pas-de-Calais). Ils représentent environ 70 % des effectifs.

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La filière comprend 2 activités principales : la filière traditionnelle Textile Mode et Maison, et les textiles techniques. Ce sont des textiles que l’on va fonctionnaliser, et qui sont utilisés dans le médical, dans le BTP, l’industrie, l’aéronautique…

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Pour des raisons historiques, les entreprises de textile/habillement sont essentiellement situées en Rhône-Alpes et dans le Nord-Pas-de-Calais.

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Le nombre d’entreprises est en baisse depuis plusieurs décennies. Le secteur compte entre 80 et 100 000 salariés aujourd’hui, soit l’équivalent des effectifs du textile nordiste dans les années 1960. Il faut cependant signaler qu’il y a encore des créations d’entreprises, mais elles sont masquées par les fermetures. De plus, si la confection a perdu 65 % de ses effectifs ces 10 dernières années, son chiffre d’affaires a progressé de près de +5% dans le même temps, et le résultat net a augmenté encore plus fortement. En effet, les entreprises françaises ont délocalisé les ateliers de confection, mais ont conservé leur valeur ajoutée, qui n’est plus dans la fabrication, mais dans la création, la mise au point des produits et la distribution des produits. La relocalisation est un épiphénomène : ce n’est pas encore une vraie tendance.

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La part des TPE est très importante, surtout sur Paris. Les ateliers de confection ayant été délocalisés, il ne reste en France que la création, le bureau d’études et le montage des prototypes. Ainsi, mécaniquement, la part des TPE progresse. Les entreprises ont en moyenne une trentaine de salariés.

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Depuis quelques années, les professionnels du textile/habillement demandent de plus en plus à participer à des clubs de dirigeants d’entreprises. Il s’agit d’une filière très hétérogène (le travail du filateur ou celui du confectionneur sont très différents), mais tous servent le même consommateur final. Ils souhaitent donc se rencontrer, pour connaître et comprendre les savoir-faire respectifs, et développer les collaborations entre les différents stades de la filière. En revanche, dans le textile technique, les professionnels demandent à rencontrer les secteurs clients pour leur faire découvrir les possibilités de leurs produits. Ce sont des réseaux informels non structurés. 

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La concurrence est désormais internationale. Face aux prix bas des pays asiatiques, les professionnels mettent en avant la proximité, les délais courts, la réactivité…

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2°) Comment se comporte l’activité des professionnels face à la conjoncture économique ?

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L’activité s’est redressée sur le début de l’année 2011, mais il y a eu un net ralentissement durant l’été (août/septembre pour la majorité, dès mai/juin pour certains). Les soldes d’été ont été mauvais, et la fréquentation des magasins faible en septembre et en octobre. Les ateliers ne sont pas encore en sous-activité car ils traitent les commandes passées avant l’été, mais les professionnels sont inquiets pour la fin de l’année et pour 2012. Ce recul est lié à la baisse de la consommation et à une météo défavorable (automne et début d’hiver doux).

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La consommation recule également en Europe du Sud, mais progresse légèrement en Angleterre et en Allemagne. Les professionnels estiment que la croissance proviendra des exportations, et non du marché intérieur.

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Le textile technique accuse une légère baisse d’activité depuis quelques semaines, en raison du ralentissement économique général en France.

3°) Quelles sont les tendances, les évolutions dans le secteur du textile/habillement ?

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L’innovation est un axe de développement important pour les PME. Un pôle de compétitivité dédié à l’innovation dans le textile a été créé il y a environ 5 ans (Up Tex), et le CETI (Centre Européen des Textiles Innovants) ouvrira à Tourcoing en 2012.

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·         Le secteur s’est structuré en accompagnant le développement de la grande distribution locale. Or, la grande distribution a tendance à avoir une vision de plus en plus mondiale de son sourcing et de ses approvisionnements. Les professionnels tentent donc de se diversifier, en allant davantage vers le consommateur, en développant leur propre marque ou réseau de distribution.

·         Il y a une vraie prise en considération du développement durable, dans les process de fabrication et les produits finis. Les ennoblisseurs mettent en place des stations d’épuration en circuit fermé afin de récupérer les eaux usées. Quelques professionnels ont mis des capteurs solaires sur leur toit, l’électricité produite étant utilisée ou revendue à EDF. Les nouvelles machines sont moins énergivores et plus performantes, mais l’amélioration technologique ou de la productivité reste le critère prioritaire dans le choix du renouvellement du matériel. Les matières facilement recyclables et naturelles sont davantage utilisées. L’UIT a développé un logiciel de diagnostic de développement durable pour aider les entreprises à se situer.

·         Face à la hausse des prix des matières premières, et sous la pression de leurs clients, les professionnels ont utilisé davantage de polyester ou ont réduit le poids de coton en 2010 et en 2011. Cependant, il ne s’agit pas forcément d’une tendance structurelle car il n’est pas certain que le consommateur s’en satisfasse sur le long terme.

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4°) Quelles sont les préoccupations actuelles des professionnels ?

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La conjoncture économique et le niveau des carnets de commandes est la première préoccupation des professionnels, qui font également face à la hausse des prix des matières premières. Les professionnels peuvent difficilement répercuter l’intégralité de ces hausses, ce qui entraîne une réduction des marges. Encore aujourd’hui, ces hausses n’ont pas été totalement répercutées. Le prix du coton se stabilise, mais reste à un niveau élevé. Les fabricants sont aussi confrontés à des problèmes avec les assurances-crédits, qui réduisent les garanties et augmentent les prix. D’autre part, l’euro fort pénalise les exportations.

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Contre toute attente, les professionnels font état de difficultés de recrutement. Le secteur souffre d’un déficit d’image et il y a peu de candidats, notamment pour les postes à responsabilité (cadre ou technicien-cadre). Le secteur pourrait également connaître des difficultés de transmission dans les années à venir car il y beaucoup d’entreprises familiales, dont il n’est pas certain que la nouvelle génération souhaite reprendre la tête.

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5°) Quels sont les relations avec les banques, les fournisseurs informatiques, les opérateurs télécom et d’énergie ?

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Les prêts restent difficiles à obtenir en 2011, car les banques sont très frileuses. Or, les professionnels ont régulièrement besoin de prêts à court terme pour le fond de roulement, et de prêt à moyen ou long terme dans une moindre mesure pour les investissements. L’UIT Nord et URIC-Unimaille ont créé fin 2009 avec FINORPA un fond d’investissement de 5 millions d’euros afin d’accompagner les entreprises dans leur projet de développement. A ce jour, environ 1,3 million d’euros ont été investis. Face aux difficultés des entreprises pour assurer le poste client, l’UIT Nord et URIC-Unimaille ont également établi une convention avec CESCE, qui offre des garanties que les autres organismes ne proposent plus.

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Le matériel de production est informatisé depuis longtemps (automates/robots programmables), seule la confection restant manuelle. L’informatique sert également à la gestion et durant les phases de création et de conception. Beaucoup d’entreprises ont un site Internet présentant l’entreprise et la collection, mais peu permettent la vente en ligne. Les commandes se passent surtout par téléphone et par mail. Les clients sont situés en France et en Europe essentiellement, et les fournisseurs au niveau national ; les fournisseurs étrangers de matériels textiles possédant des entités commerciales en France. Les salons professionnels (2 fois par an) permettent de présenter les collections, et de rencontrer les clients et les fournisseurs. Des échantillons sont envoyés aux clients pendant l’élaboration de la collection. Il y a davantage de rencontres dans les textiles techniques, afin de réaliser le cahier des charges et de mettre  au point le produit.

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Les entreprises disposent de véhicules pour les commerciaux, ainsi qu’une camionnette pour les livraisons urgentes (prototype…), mais la livraison est généralement externalisée. Les VRP utilisent leur véhicule personnel. Dans les TPE, le chef d’entreprise fait également office de commercial.

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L’énergie représente un poste de dépenses important : les ennoblisseurs utilisent le gaz pour teintures, et l’électricité sert au fonctionnement des machines. Ainsi, les hausses de tarifs de l’électricité ou du gaz impactent directement les marges.

 


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