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5 questions à...
Philippe ARRAOU, Président de ECF, Experts-comptables
et commissaires aux comptes de France

1°) Pouvez-vous nous décrire le secteur des experts-comptables ?

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La profession d’Expert-comptable est placée sous la tutelle du ministère des Finances, chapeautée par un ordre professionnel, l’Ordre des Experts-Comptables. Pour pouvoir exercer l’activité, il faut ainsi être titulaire du diplôme d’Etat d’expertise comptable, et demander son inscription auprès de l’Ordre. On compte autour de 19 000 inscrits en exercice. La très grande majorité exerce en libéral, soit en exercice isolé soit en société avec des confrères associés. Une partie des membres de l’ordre exerce leur activité dans le cadre d’un statut de salarié. Par ailleurs il faut savoir que chaque année, environ 1 diplômé sur 2 ne s’inscrit pas à l’Ordre et va utiliser ses compétences principalement dans des entreprises privées (direction financière…), des administrations publiques ou des banques. Une réflexion est engagée pour fédérer une grande profession du chiffre au sein de l’Ordre, avec différents collèges et faire porter l’action de l’Ordre sur l’ensemble des diplômés.

Deux syndicats représentent la profession et proposent des services d’accompagnement dans l’exercice de la profession ; de la formation continue (entre obligation légale et nécessité professionnelle face aux évolutions du Droit) ; de représentation patronale pour les négociations, notamment autour de la convention collective nationale et la représentation aux élections professionnels tous les 4 ans. L’un des syndicats est plus axé vers les grands cabinets, les « big » comme appelés dans la profession ou vers des réseaux comme Fiducial.

ECF, experts-comptables et commissaires aux comptes de France, défend l’exercice de la profession libérale. ECF est une fédération nationale de 22 syndicats régionaux d’Experts-comptables et de Commissaires aux comptes, inscrits au tableau de l’Ordre des Experts-comptables et/ou de la Compagnie des Commissaires aux comptes.

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L’expert-comptable intervient sur des missions dites traditionnelles qui engagent sa responsabilité et qui touchent à des sujets techniques comme la fiscalité, la clôture des comptes, le social (droit du travail…) et le commissariat aux comptes. Son rôle est particulièrement fort auprès des TPE et des PME auxquelles il apporte ses compétences et ses conseils.  

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2°) Comment se comporte l’activité des experts comptables face à la crise ?

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Dans un contexte économique difficile et incertain depuis 2-3 ans, l’expert-comptable est touché par les difficultés financières de ses clients ou par leur disparition et est confronté à des défauts de paiement, n’étant pas considéré comme un créancier prioritaire. Le chiffre d’affaires de la profession stagne sur les cibles des TPE/PME.

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D’un autre côté, la crise économique a fait surgir de nouveaux besoins et de nouvelles demandes comme un besoin d’information permanent, régulier et plus fréquent que la clôture des comptes une fois par an. L’expert-comptable peut apporter un accompagnement dans la gestion quotidienne de l’entreprise et mettre en place un système d’informations pour une alerte plus précoce.

3°) Quelles sont les tendances, les évolutions dans le secteur comptable ?

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A côté de ses missions traditionnelles, l’expert-comptable est amené à intervenir dans de nouveaux domaines suite aux demandes des clients parmi lesquels :

-       La gestion de patrimoine a émergé suite aux besoins des chefs d’entreprise de protéger et de valoriser leur patrimoine.

-       Les entreprises sont demandeuses d’un accompagnement plus présent (mensuel pour certaines, trimestriel pour les TPE) dans la gestion de l’entreprise : il ne s’agit plus seulement de présenter le bilan en fin d’année mais d’établir le prévisionnel à 1 an ou plus, d’évaluer les besoins de financement, les perspectives, d’alerter si nécessaire et/ou d’accompagner chez le banquier. L’expert-comptable se positionne en tant que partenaire de l’entreprise et pas seulement comme un prestataire extérieur. A cet égard, citons les conventions de partenariat entre le Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts Comptables (CSOEC) et 2 réseaux bancaires, LCL et les Banques Populaires en 2011. Il s’agit d’accompagner les entreprises dans leurs relations avec les banques en télétransmettant les documents nécessaires, approuvés par l’expert-comptable, dans un format directement compatible avec les systèmes informatiques bancaires. De leur côté, les banques s’engagent à réduire les délais de traitement des dossiers.

-       L’informatique et les nouvelles technologies : l’instauration d’échanges dématérialisés avec les clients permet de dégager du temps qui peut être affecté à des missions de conseils et d’accompagnement. L’expert-comptable, qui manipule énormément de papier (factures, déclarations…), aide à mettre en place des outils informatiques permettant les échanges de fichiers dématérialisés en lieu et place des documents papier. En octobre 2011, l’Ordre des experts-comptables lance « Sign Expert », une solution de signature électronique permettant de sécuriser les échanges.

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L’expert-comptable doit développer de nouvelles compétences, souvent de niches. Ces compétences deviennent indispensables pour répondre aux demandes des entreprises clientes mais ne peuvent être détenues par une seule personne, exerçant en libéral. On assiste donc à des regroupements d’experts-comptables, chacun disposant de compétences particulières, afin de proposer une offre globale aux entreprises clientes.

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Pour proposer une offre plus globale en restant dans un prix accessible dans un contexte difficile pour les clients, l’expert-comptable développe des packages et introduit des solutions de dématérialisation des échanges, qui en gagnant en productivité, permettent de dégager du temps et donc d’affecter ce temps à des missions de conseils.

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4°) Quelles sont les préoccupations actuelles des experts comptables ?

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La gestion du temps reste la préoccupation principale des experts-comptables au quotidien. Exerçant souvent dans des petites structures, ils doivent répondre aux demandes des clients, respecter les délais légaux de transmission des documents, assurer la gestion de leur cabinet tout en se tenant informés de l’évolution de la législation et du contexte économique.

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L’arrivée de nouvelles générations et la concentration du secteur ont également fait surgir d’autres problématiques touchant la profession dans son ensemble. Certains professionnels souhaiteraient orienter la profession vers plus de libéralisme et alléger les contraintes réglementaires ou déontologiques. L’accent est mis sur la difficulté à faire connaitre la profession, qui n’est pas toujours bien identifiée dans ses différentes missions. Lancée en 2007, la question du démarchage est au cœur de l’actualité en 2011. L’interdiction de démarchage inscrite dans le Code de Déontologie n’est pas toujours bien acceptée car elle entraîne des freins pour faire connaitre la profession, vendre ses compétences et élargir la clientèle.

En 2007, le Code de Déontologie a été retouché afin d’autoriser les experts-comptables à faire de la publicité individuelle mais pas de démarchage vers les clients. La frontière entre publicité individuelle et démarchage étant mince, certains professionnels souhaiteraient aller plus loin et pouvoir présenter l’ensemble des missions et compétences auprès des clients. Le recours en Conseil d’Etat de 2007, transféré à la Cour de Justice Européenne, a abouti en avril 2011 à une demande de révision de cet article du Code de Déontologie au nom de la liberté d’exercice inscrit dans la Directive Services. L’article interdisant le démarchage a donc été abrogé à la mi-2011 et est en cours de réécriture pour répondre à cette obligation européenne, Cela ne se fera qu’en sachant préserver le socle des valeurs qui a fait la force et la noblesse de la profession d’expert-comptable. Et qui repose sur des valeurs d’éthique et de confraternité.

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L’expert-comptable se trouve à la croisée des chemins entre un exercice traditionnel, de toute façon appelé à évoluer vers plus de conseil et d’accompagnement de l’entreprise, et un exercice plus libéral.

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5°) Quels sont les relations avec les banques, les fournisseurs informatiques, les opérateurs télécom ?

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Les besoins de financement pour l’exercice de la profession ne sont pas importants. La relation avec les banques est essentielle pour l’expert-comptable du fait de ses besoins d’informations financières. C’est lui qui amène la confiance dont ont besoin les banques avec leurs clients.

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Les professionnels sont demandeurs de solutions technologiques relatives à la dématérialisation des échanges. Etant fréquemment en déplacement chez les clients, ils ont besoin d’outils portables et connectables à distance pour être reliés facilement et rapidement au cabinet et avoir accès aux bases de données documentaires (droit fiscal, social….), au serveur (devis, facturation…), aux dossiers clients…..

Les professionnels suivent attentivement l’évolution des tablettes type ipad dont ils regrettent l’absence d’applications professionnelles pour le moment.

L’expert-comptable doit, à la fois, avoir accès à des outils performants pour l’exercice de sa profession et être au fait de l’actualité technologique pour en parler à ses clients et aider à la mettre en place.

 


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