1°) Pouvez-vous nous décrire le secteur des kinésithérapeutes libéraux ?
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La profession compte 68 923 masseurs kinésithérapeutes en 2010 dont 79 % exercent en libéral, soit 54 274 professionnels. 21 % sont salariés, principalement en milieu hospitalier. C’est une profession jeune dont la moyenne d’âge est d’environ 42 ans parmi les libéraux. Si les hommes sont encore majoritaires en 2010, la profession se féminise et comprend 42 % de femmes, qui sont majoritairement plus jeunes que leurs homologues masculins libéraux.
La féminisation de la profession aura un impact certain sur l’avenir de la profession à court et moyen terme et notamment sur le mode d’exercice.
En 2010, le mode d’exercice principal pour les libéraux reste le cabinet individuel (61 %), suivi par le cabinet de groupe (35 %) et les sociétés (4 %). L’exercice en cabinet de groupe s’accentue répondant à un mouvement transversal, commun à l’ensemble des professions de santé et des professions libérales. Il permet en effet d’ajuster vie professionnelle et vie privée et de réduire les investissements au démarrage, notamment pour les cabinets comprenant des équipements lourds et onéreux (piscines…). Les sociétés devraient progresser en réponse aux nouveaux modes d’exercice de la profession (maisons de santé, pôles de santé) et à la probable mise en place de nouveaux modes de rémunération.
La prise de risque inhérente à l’exercice de la profession libérale est relativisée par l’exercice en cabinet de groupe, qui permet de diminuer les risques à l’installation.
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La profession conserve une image très attractive et de nombreux jeunes souhaitent pratiquer les soins de masso-kinésithérapie comme en témoigne le nombre d’inscriptions chaque année au concours d’entrée dans les instituts de formation. Il n’est en effet pas rare de compter près de 3 000 inscrits pour 70 places.
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2°) Comment se comporte l’activité des kinésithérapeutes libéraux face à la conjoncture économique ?
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Globalement, les kinésithérapeutes pratiquent 3 types de soins qui évoluent différemment.
Les soins de rééducation, prescrits par les médecins, constituent le cœur de l’activité. Leur progression se poursuit mais se ralentit ces dernières années (+ 2,7 % en 2010 contre + 6,6 % en 2008) et reste en dessous du niveau de l’ONDAM, objectif des dépenses de santé. Le professionnel adapte le nombre de séances de rééducation nécessaire à partir du moment où l’ordonnance ne contient pas un nombre de séances prédéfinies.
Les soins de bien être ou d’ostéopathie ne cessent de progresser, répondant à une demande forte ces dernières années. Les tarifs sont libres puisque n’entrant pas dans le champ des actes remboursés par l’Assurance Maladie et bénéficient de la prise en charge, partielle, de certaines mutuelles. De nombreux jeunes professionnels se tournent vers ces massages, car leur rémunération leur assure une meilleure couverture des coûts fixes. Les professionnels doivent souvent réorganiser leur temps de travail pour tenir compte de cette demande et réserve souvent 1 journée à ces soins de bien être dans la semaine.
Les actes non soumis à prescription sont encore méconnus et entrent dans le champ de la prévention (position de travail devant un ordinateur…). Les professionnels travaillent sur cet aspect. Ils réclament par ailleurs un accès direct pour certaines pathologies sportives, notamment auprès des sportifs de fin de semaine, qui viennent voir spontanément leur kinésithérapeute après une blessure.
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Les visites à domicile restent fréquentes dans les zones rurales malgré la faiblesse de l’indemnité forfaitaire de déplacement. Elles restent néanmoins limitées aux villages avoisinant le cabinet sauf dans certains départements comme la Mayenne où la densité professionnelle est faible. Les déplacements à domicile sont réduits en agglomération.
3°) Quelles sont les préoccupations des kinésithérapeutes libéraux ?
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4 grandes thématiques inquiètent les professionnels :
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L’évolution de la profession et de la démographie médicale : La profession évolue, à l’instar des autres professions de santé et l’on constate une répartition inégale sur le territoire. Environ 60 à 70 % d’une promotion s’installe dans un rayon de 30 à 40 km autour de son institut de formation, c'est-à-dire autour des agglomérations principalement. Les jeunes s’installent plus tardivement et cherchent à concilier leur vie professionnelle et leur équilibre familial en tenant compte de la profession du conjoint. Ils recherchent un exercice en groupe ou en société afin de limiter les contraintes de la profession (horaires larges, permanences…) et de préférence en agglomération. En zone rurale, la transmission des cabinets est difficile et le manque de repreneurs se fait sentir. La FFMKR pousse à une revalorisation des rémunérations pour éviter que les professionnels libéraux ne se tournent vers des actes de bien être ou d’ostéopathie, plus rémunérateurs. En moyenne, un kinésithérapeute voit 2 patients par heure pour un tarif à l’acte d’environ 15,3 €. Parallèlement, le tarif d’un massage bien être tourne autour de 50 à 60 €.
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La complexité administrative des réformes : En mai 2010, ont été établis 5 référentiels qui fixent un nombre de consultations maximum pour certaines pathologies, dans le cadre de la maitrise des dépenses de santé. Ils sont opposables depuis leur parution alors même que les documents administratifs, permettant leur application ne sont pas parus en juin 2010. Les professionnels regrettent de ne pas avoir les moyens d’appliquer les réformes proposées.
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L’évolution des modes de rémunération : aujourd’hui, la tarification s’effectue à l’acte. Une réflexion sur une rémunération au forfait est en cours, notamment dans les EHPAD, établissements d’hébergement des personnes âgées. Les professionnels craignent la mise en place d’appels d’offre qui pourraient alors échapper aux kinésithérapeutes locaux, renforçant ainsi les inégalités géographiques.
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La réforme de la formation initiale : Le modèle de la formation initiale existe depuis 1989 et instaurait un régime dérogatoire permettant aux instituts de formation de s’adosser aux facultés de médecine pour préparer le concours d’entrée à la profession de kinésithérapeutes. En 2010, environ 24 écoles sur les 33 existantes ont un mode de sélection commun avec les étudiants en médecine (PCEM1). La profession demande la généralisation de ce dispositif à l’ensemble des établissements de préparation au concours d’entrée afin de rétablir l’égalité d’accès à tous les étudiants en atténuant notamment le coût de la formation.
Par ailleurs, la FFMKR s’interroge sur le devenir du métier (éducation thérapeutique, éducation à la santé, bien être….) et des compétences à acquérir pour l’exercer dans les meilleures conditions possibles ces prochaines années.
Le diplôme français est reconnu au niveau bac + 2, le plus bas niveau de reconnaissance en Europe alors que les études durent 3 années plus une année de préparation. Après la réforme des médecins, puis des infirmières en 2009, la FFMKR souhaiterait l’intégration dans le régime LMD, au niveau Master.
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4°) Quelles sont les innovations dans le métier ?
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Deux grandes évolutions se dessinent :
- la prévention qui comprend l’éducation à la santé et l’éducation thérapeutique dans le cadre d’une prise en charge globale d’un patient. Il s’agit de travailler en amont et en aval d’une pathologie, dans l’environnement du patient (ergonomie du poste de travail, recommandations de la médecine du travail…) et sur le patient lui-même (automatiser les « bons gestes » dans le cas de lombalgie par exemple). Le but est d’intervenir sur une population entre 18 et 45 ans environ, avant que les pathologies ne s’installent ou deviennent chroniques, afin de diminuer le nombre d’arrêts de travail et le coût des soins.
- le bien être : les kinésithérapeutes investissent le champ du bien être pour répondre à la demande des patients. Ils proposent de plus en plus des massages ou de l’entretien physique général (gymnastique douce pour personnes âgées, prévention des chutes, entretien de la souplesse articulaire….).
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Les moyens de mettre en place ces pistes de développement sont en revanche encore peu fournis. Si la notion de prévention fait son chemin, l’Assurance maladie reste tournée vers les soins. Le partenariat avec les assurances complémentaires pourrait être une piste avec, par exemple, la mise en place d’un parcours de soins pour l’assuré. Le parcours de soins entraîne une consommation moindre et pourrait être accepté en échange, par exemple, d’une incitation financière (baisse de cotisation….). Le paradoxe des patients reste qu’ils acceptent les soins de bien être, non remboursés, mais ont du mal à accepter une modification de leur prise en charge par l’Assurance maladie ou les assurances complémentaires.
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5°) Quelles sont les relations avec les banques, les assurances, les fournisseurs informatiques ?
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Un jeune désireux de s’installer doit impérativement effectuer une étude de marché pour éviter l’hyperdensité des grandes agglomérations et le risque de mal vivre de son activité. Le kinésithérapeute n’ayant pas le droit de faire de la publicité, il doit s’assurer de pouvoir être « vu » rapidement. Aujourd’hui, de nombreuses collectivités proposent à de jeunes professionnels de s’implanter sur leur territoire en facilitant leur installation (loyer modéré, local gratuit, regroupement avec d’autres professionnels…) sans toujours mesurer la réelle viabilité du projet.
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L’investissement de départ est au grand maximum de 10.000 € comprenant les matériels informatiques (ordinateur, imprimante, logiciels, lecteur de carte vitale…) et au moins une table de massage (entre 4 et 5 K€ pour les modèles électriques). Cet investissement ne tient pas compte du coût des locaux, très variable selon le lieu ainsi que les travaux d’aménagement : peintures, mises aux normes éventuelles etc…Le plus gros investissement reste le véhicule pour lequel le diesel est privilégié pour un coût moyen entre 15 et 25 K€. Il est généralement renouvelé tous les 5 ans en moyenne.
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La FFMKR oriente les jeunes professionnels vers certains opérateurs pour le financement d’achat de parts ou de reprise d’un cabinet individuel ainsi que pour les assurances.
Les partenariats établis ont pour but d’offrir aux jeunes kinésithérapeutes un interlocuteur unique, garantissant une sécurité juridique et économique. Ils concernent des opérateurs comme La Médicale de France, Interfimo (filiale du Crédit Lyonnais), MACSF, LCL, Banque Populaire pour les aspects banque et assurance ; Fiducial Sofiral conseille les adhérents sur les aspects fiscaux, juridiques, sociaux ou conventionnels de leur activité.



